Je me marie! (1ère partie)

Par : Tite le Lundi 9 mars 2009   •  

En prenant son bus ce matin, elle laissait dans le lit conjugal, bedonnant et ronflant, cet homme avec lequel elle avait accepté, après plusieurs erreurs de choix, de « faire sa vie ».

Le trajet est long. Aussi, elle doit se lever tôt, deux heures avant les autres pour espérer garder son emploi. La concurrence est rude, les salaires misérables, les patrons peu vertueux, la conjoncture économique désastreuse, bref, tout ce qu’il y a de plus normal en ces temps de précarité et de faiblesse du pouvoir d’achat.

A quel moment une femme se sent-elle la plus insignifiante possible?

  • Lorsqu’elle rentre à la maison et qu’après deux heures à aller et venir devant son homme celui-ci ne remarquât pas qu’elle s’était faite couper les cheveux?
  • Lorsqu’elle investit une bonne partie de son budget mensuel dans sa garde robe et qu’en arrivant au bureau, que dis-je, au travail, elle devait revêtir une blouse blanche et terne pour les dix heures qui suivraient?
  • Lorsqu’elle se met en quatre pour satisfaire les fantasmes les plus fous de son compagnon et que celui-ci s’endormît comme s’il s’agissait d’un jour ordinaire?
  • Ou tout simplement, malheureuse, qui, comme elle, arrivait à combiner toutes ces situations!?

Le travail à l’usine commence sans attendre. Pas le temps pour certaines de se raconter les misères de la veille ou pour d’autres de trouver un moyen de plus de peindre leur triste vie en s’inventant des histoires palpitantes à en faire envier toutes les autres.

Dans ce pays qui est déjà sous les projecteurs du monde entier, du fait de l’organisation des jeux olympiques, la vie de ces femmes devient chaque jour encore plus pénible. Politique obligeant et tourisme gouvernant, les « parias » de cette société ont été obligés de se terrer et s’éloigner le plus possible des circuits de visite pour ne pas « gêner ». Elle vit dans l’une de ces sociétés où les valeurs de l’ordre, la discipline et la soumission sont inculquées très tôt. On apprend très vite qu’une rébellion se mate et que la liberté d’expression est un luxe inaccessible. Elle avait alors appris, avec le temps, à passer sa vie en spectatrice.

On est samedi, dernier jour de sa semaine de travail et premier jour d’une autre vie. Ces « parias » de la société ne pouvaient pas espérer avoir un travail fixe, leur « rang social » ne le leur permettant pas. C’était décidé ainsi, ne cherchez pas le pourquoi du comment. Elle allait de travail en travail pour des périodes aussi courtes et irrégulières les unes que les autres. Lorsqu’elle termine un séjour professionnel, elle doit prendre contact avec les « passeurs », des chauffeurs de mini-bus, pour se rendre au lieu du travail dont elle ne découvrait le contenu que sur place. Aussi, elle avait appris à faire tous les métiers, le but étant de ramener ces quelques billets qui contribuent à nourrir ses trois enfants.

Ce samedi, donc, elle décide, plutôt que de rentrer à la maison tout de suite après le travail, de rendre visite à ses parents puis une amie d’enfance avec laquelle elle avait fait ses études, là-bas.

Sa mère n’avait pas suivi de longues études. Les discussions entre les deux femmes sont toujours relatives à la famille, à la santé, au travail, au devoir conjugual et quelques regrets du passé. Elle remplissait son devoir d’enfant puis continuait sa route.

Au début, elle subissait toutes les humiliations en se rendant dans ce quartier. Son allure n’allant pas du tout avec le décor. Avec le temps, elle avait pris soin de toujours préparer une tenue « spéciale visite » dans ce quartier de nantis. Elle y venait pour voir son amie. Aujourd’hui, elle avait besoin de discuter avec quelqu’un qui la comprendrait.

 

Laisser un commentaire