Afrique !
Afrique mon Afrique
Nous avons grandi en toi
Nous avons découvert le monde à travers toi
Nous t’avons chantée, en chœur, en rang, en rires
Mais voilà, Afrique !
Tes filles et fils ont grandi.
Nous sommes de grands enfants maintenant
Alors nous revenons faire ton procès
En filles et fils reconnaissants, ingrats ou inconscients
Nous avons étudié
Ils ont voulu faire de nous des têtes bien remplies
Et quand je dis bien remplies, je parle en tonnes
Tu auras ton bac à 18 ans mon fils !
J’ai eu mon bac à 16 ans disait-elle !
Merci mère ! Merci père !
Nous avons eu notre bac ! Et après, que fait-on ?
Il semblerait que le plan ne prévoyait pas la suite.
Oui alors, il fallait l’écrire. Comment ? Peu importe !
La bonne question, c’est Où ? A l’étranger !
Nous sommes restés. Nous sommes partis.
Nous sommes rentrés pour être plus heureux.
Nous sommes rentrés parce que d’autres ont choisi pour nous
Mais qu’à cela ne tienne !
Ils ont voulu faire de nous des têtes bien remplies
Et je me rappelle nos mères qui disaient à l’homme blanc
Il mange bien mon fils, regardez ce gros ventre ! En rires !
Oui elles étaient bien fières nos mères !
Puis l’homme blanc nous a appris la malnutrition…
Afrique mon Afrique!
Continent que beaucoup pense être un pays
Continent de tous les maux
Continent de toutes les joies
Continent de toutes les guerres et atrocités
Continent de toutes les chaleurs humaines
Afrique mon Afrique !
Voilà que nous sommes des têtes bien faites maintenant !
Elles pèsent très lourd nos têtes, Oui !
Afrique, dis moi Afrique !
Pendant des années tu nous as appris à lire
Pendant des années tu nous as appris à écrire
Pendant des années tu nous as appris à penser
Dans ces langues qui ne sont pas les nôtres
Aujourd’hui ! Afrique !
Je connais l’anglais, le français, l’allemand, l’espagnol, l’italien !
Et même le japonais ! Oui, Afrique ! Elle est lourde ma tête !
Plus mes années passent et plus elle pèse lourd cette tête.
Tu devrais en tête fière, Afrique !
Tous ces filles et fils qui ont amassé tant de connaissances
Qui feront d’eux des bibliothèques lorsqu’ils seront vieux
Et dont on dira de la mort que c’est une grande perte.
Mais Afrique !
Tu es si loin derrière les autres, pourquoi !?
Afrique mon Afrique
Afrique que chante ma grand-mère
Au bord de son fleuve lointain
Je t’ai toujours connue et aujourd’hui je te juge
Tu nous as nourri avec la fierté d’être des têtes bien remplies
Nous avons passé toutes ces années à apprendre les langues de l’homme blanc
Pendant que chaque homme blanc n’apprend que sa propre langue
Pendant que chaque homme blanc apprend la vie, son métier
As-tu tout simplement oublié qu’elles pouvaient aussi être bien faites, ces têtes ?
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